Welcome to the FOCAL archive

The Canadian Foundation for the Americas (FOCAL) is no longer in operation. This website documents FOCAL's activities and accomplishments throughout its existence. Thank you for your interest in the work of FOCAL.

Le conflit Colombie-Venezuela : beaucoup de bruit pour rien?

Hugo Loiseau

clinton_and_uribe_-_us_state_dept_edit

 

 

 

 

 


Photo: U.S. Department of State
La Secrétaire d'Etat américaine Hillary Rodham Clinton rencontre le Président colombien Álvaro Uribe à la Plaza de Armas de la Casa de Nariño, Bogotá, Colombie, 9 juin 2010. 

La plus grande menace à la paix et à la stabilité en Amérique latine réside encore et toujours dans le manque de démocratie et le non-respect de ses principes et institutions, tel que démontré par le conflit qui a opposé la Colombie au Venezuela durant l’été 2009. Une guerre interétatique en Amérique du Sud aurait-elle pu éclater en l’absence des mécanismes démocratiques et diplomatiques? Cette presque guerre demeure à ce jour révélatrice des nombreuses tensions que vit la région des Andes.

Il est utile de rappeler que le principal problème de sécurité de cette région réside dans la nature transnationale de deux enjeux majeurs: la production et le trafic de drogues et la présence des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Ces deux enjeux débordent chez les pays limitrophes soit à cause de l’absence d’autorité étatique dans les zones frontalières soit grâce à la bienveillance à peine cachée de certains pays notamment à propos de la présence des FARC sur leur territoire.

S’ajoute à ce contexte un malaise historiquement profond quant à la question de la délimitation des frontières ou de l’administration de territoires contestés. La Colombie et le Venezuela entretiennent en effet un contentieux sur l’administration des îles Los Monjes mais aussi, et surtout, à propos de la frontière terrestre entre les deux pays, une frontière qui fait plus de 2 000 km en territoire accidenté. Ces contentieux alimentent les revendications, les accusations et les mouvements de troupes des deux côtés. Une tension latente aux frontières et une méfiance quant aux intentions réelles de l’autre handicapent ainsi les efforts de rapprochements.

Par ailleurs, malgré la présence d’un cadre régional propice à leur mise en oeuvre, les mesures de confiance, favorisant la coopération et le dialogue, sont peu appliquées ou sans effet sur certains pays de la région. En effet, l’Organisation des États américains a mis en place toute une série de normes et de traités afin d’améliorer la confiance, de nourrir le dialogue et d’encourager la transparence en matière de sécurité régionale. Parmi celles-ci, on retrouve les mesures concernant la publication de livres blancs de la défense contenant les doctrines militaires et l’état des forces, la coordination entre différentes forces armées, des rencontres régulières des ministres de la défense de la région, la transparence dans les achats d’armes et d’équipements militaires.

Le principal défaut de ces mesures, c’est qu’elles se déploient dans un cadre interaméricain où les États-Unis prennent beaucoup de place et agissent en fonction d’intérêts stratégiques. Le Sommet des Amériques d’avril 2009 en offre un exemple éloquent. D’un côté, les États-Unis affichaient une ouverture et un intérêt pour la région et promettaient d’établir les bases d’une nouvelle relation d’égal à égal, tant attendue à l’époque, avec l’Amérique latine. De l’autre côté, Washington négociait en même temps avec Bogotá, en toute discrétion, la location et l’utilisation de sept bases militaires sur le territoire colombien. Cette entente bilatérale tout à fait légale en regard du droit international, intitulée Accord complémentaire pour la coopération et l’assistance technique en matière de défense et de sécurité, a pour objectif d’améliorer la coopération entre les deux pays en matière de lutte contre le terrorisme et le narcotrafic dans la région. Toutefois, l’ex-président colombien Álvaro Uribe et son administration n’ont pas consulté le parlement sur cette question polémique ce qui aurait augmenté la légitimité de la décision et rassuré quant aux intentions de la Colombie. Ainsi, le dévoilement en juillet 2009 par Bogotá de la location de ces bases militaires colombiennes aux Forces armées des États-Unis a semé une forte inquiétude chez les pays latino-américains et a été perçu par Caracas comme un véritable casus belli.

C’est à ce moment que les exagérations verbales, les ardeurs belliqueuses et les dérives autoritaires du président vénézuelien Hugo Chávez ont failli déclencher un conflit armé. Lors de son émission dominicale Aló Presidente (que toutes les télévisions et radios du Venezuela sont obligées de diffuser en direct et en totalité), Chávez n’hésite pas à déclarer : « Si les États-Unis agressent militairement le Venezuela, la guerre de 100 ans commencera et elle s’étendra sur l’ensemble du continent […] ». Les choses se précipitent durant le reste de l’été 2009 avec le rappel des ambassadeurs, le gel des relations commerciales bilatérales, la mobilisation des troupes aux frontières et les gestes symboliques de rupture de la part du Venezuela, tout cela grâce à la concentration des pouvoirs militaire, législatif et juridique autour du président Chávez. Heureusement, cette crise a révélé avec acuité le rôle stabilisateur du Brésil dans la région, mais aussi l’utilité de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), organisation relativement nouvelle en quête de crédibilité. La diplomatie sud-américaine, et dans une moindre mesure internationale et interaméricaine, a bien fonctionné dans ce cas-ci. La situation a été momentanément stabilisée sans être réglée pour autant.

L’élection de Juan Manuel Santos à la présidence de la Colombie en juin 2010 a été essentielle pour que le dialogue de haut niveau soit renoué entre les deux pays. Une réconciliation au sommet s’en est suivie au début août 2010. Mais le plus important, et le plus ironique dans cette crise, se retrouve dans l’intervention de la justice colombienne. En effet, la Cour constitutionnelle a invalidé l’entente de location des bases militaires à la fin août 2010, car la procédure de ratification des accords internationaux, nécessitant la participation du législatif, n’avait pas été respectée. L’entente est donc inconstitutionnelle quant à sa forme. Elle demeure donc en suspend, le temps que l’exécutif décide si elle sera soumise à l’approbation des parlementaires colombiens. Puis, la Cour constitutionnelle doit encore statuer sur le fond, car plusieurs articles de l’entente sont contestés par des groupes de défense des droits de l’homme en Colombie.

Durant l’été 2009, les ingrédients ont été réunis pour qu’une guerre éclate entre la Colombie et le Venezuela. Pourtant, malgré les menaces et les problèmes transnationaux, un conflit armé ne s’est pas matérialisé grâce à la diplomatie et aux mécanismes démocratiques et judiciaires. En effet, l’élection sans bavure de Juan Manuel Santos en Colombie près d’un an après le déclenchement du conflit et le respect de l’état de droit par son administration ont apaisé les tensions. Toutefois, rien ne dit que les litiges entre les deux pays ne connaîtront pas une recrudescence au cours des prochaines années. L’incertitude quant à la location des bases militaires, la poursuite de la militarisation de la guerre civile en Colombie et l’instrumentalisation politique des problèmes au Venezuela ne vont pas disparaître du jour au lendemain. D’ailleurs, les tensions aux frontières demeurent, les dérives autoritaires du président Chávez se multiplient, les FARC sont certes affaiblies, mais ne sont pas encore pacifiées. Enfin, la politique états-unienne dans la région semble incohérente, voire inconséquente, ce qui fragilise, à n’en pas douter, la sécurité régionale andine.

Hugo Loiseau est Professeur adjoint à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Il détient un doctorat de l’Université Laval.


blog comments powered by Disqus
 
Comments Policy

Comments displayed in the Disqus forum are not the opinion of FOCAL, but of the commenter. Personal attacks, offensive language, false claims, solicitation and spam are not permitted.

Click "Flag" to report abuse to the moderator.

disqus_logo Privacy Policy

addthis AddThis Privacy Policy

Related Articles

A View of the Hemisphere

 

LBmaps1

Explore the link between governance and development.